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  • Claude GILBERT
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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 11:54

Dans son livre « L’art de la terre chez les poitevins »( paru à Niort en 1864), Benjamin Fillon décrit le site de Braignart où il a découvert des fours de potiers, puis il ajoute :

 

 

rablais

 

 

 

Cette phrase a parfois été reprise de manière sommaire et a donc laissé croire qu’il y avait une grande exploitation à proximité de Braignart.

En réalité, Benjamin Fillon voulait parler du site archéologique des Rablais qui se situe à l’autre extrémité de la commune. Un site qu’il avait découvert et sur lequel, selon lui, avait existé aux premiers siècles de notre ère, une villa gallo romaine (à cette époque, une villa est une exploitation agricole qui peut avoir de grandes dimensions et être prestigieuse).

Mais depuis cette découverte, rien de plus n’avait été observé mis à part quelques indices supplémentaires remontés du sous sol par les travaux de remembrement.

Et puis est arrivée la photographie aérienne, qui permet, quand les conditions sont réunies (humidité, sécheresse, végétation etc.) de voir l’invisible. C’est un outil essentiel de l’archéologie aérienne.

A défaut de passages systématiques par avion pour une recherche précise, les vues proposées par un site américain et par l’IGN peuvent amener des surprises si l’on reste attentif. C’est ainsi que sur les dernières images (2010) de Géoportail, on peut voir une partie de la structure enfouie de la villa en question.

 

gallo

 

 

 

 

 Il s’agit d’une construction de  très grande taille puisque, en utilisant les outils du site de l’IGN, on constate une largeur  d’environ 9m pour une longueur visible d’environ 70m.Il semble bien que les bâtiments continuent dans le champ situé au nord mais ils ne sont pas visibles (végétation différente).

 

 

Voici le lien pour Géoportail pour une vue de meilleure qualité   link

 

Je vous conseille d'utiliser l’outil "mode avancé" en remplissant les rubriques comme ci dessous:

mode-avance.jpg

La présence de cette villa n'a rien d'étonnant dans la région puisqu'il en existe d'autres à Thiré et à Sainte Hermine.Mais j'ai quand même signalé cette vue au Service Régional d'Archéologie de Nantes.

Par Claude GILBERT
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 15:09

Dans le précédent article, nous avons vu  comment les habitants du grand Pouzac avaient été dépossédés de leur fontaine lavoir du pré de la Biotrie en 1875 et comment, en 1878, ils se retrouvaient copropriétaires  d’un terrain sur ce même pré pour y installer un lavoir nouveau.

Une lecture trop rapide et superficielle des archives m’a donné l’impression confuse que lavoir  nouveau et lavoir ancien étaient une seule et même chose. Dans tous les documents, il est question de fontaine, de lavoir, du pré de la Biotrie sans qu’on sache très bien de quoi on parle. Si on regarde le cadastre de 1828  et le cadastre actuel, on ne constate pas grand-chose de nouveau : une seule fontaine, un seul lavoir au même endroit.

Que s’est-il passé réellement ?

Si l’on reprend l’acte notarié de1878, on lit que « dans le pré de la Biotrie », on prendra « une parcelle de terre au nord est dudit pré et le long du ruisseau de la Biotrie » (il s’agit sans doute de la rigole)»confrontant du levant à la fontaine  et au ruisseau de la Biotrie ».Cela signifie donc que l’on achète un  terrain qui jouxte celui de l’ancien lavoir. Mais on lit aussi dans ce même acte que « dans ce terrain existe aujourd’hui  une fontaine ».D’où sort elle, cette fontaine ? Y en aurait-il deux en 1878 ?

Reprenons maintenant le cadastre moderne et celui de 1828 (en les mettant dans la même orientation).

cad moderne 2

cadastre 1828 2

 

Cadastre 1828                                                  Cadastre moderne

 

Cette fois ci, il semble bien que les deux lavoirs ne sont pas au même endroit bien qu’ils soient très proches.

Il existe aussi  un acte du greffe du juge de paix de Sainte Hermine(1) qui va finir de nous éclairer. Daté du 3 Janvier 1878 (soit moins de deux mois avant l’achat en copropriété), il règle un litige entre le sieur Fagot et le sieur Fouretier.au sujet des limites et des bornes qui définissent la propriété de chacun : Fouretier et la fontaine dont il a été reconnu propriétaire, Fagot (que nous connaissons pour être le futur vendeur du terrain en copropriété) et le pré de la Biotrie.

Le greffier écrit : »Le terrain du sieur Fagot du côté duquel est le buisson tient du nord à celui du sieur Fouretier, rigole entre les deux dans laquelle circule l’eau provenant d’une fontaine et d’un lavoir nouvellement établis ».

Tout devient limpide avec ces deux mots "nouvellement établis".

Les habitants du Pouzac après avoir constaté qu’ils avaient perdu leur fontaine lavoir ne sont pas restés les bras croisés : ils ont fait fonctionner la solidarité, la connivence et l’astuce.

 S’il y a de l’eau ici, il y a des chances qu’on en trouve  cinq mètres plus loin. Fagot (qui n’habite pas Le Pouzac mais L’Espinassère) est d’accord, on creuse, on vérifie, on installe sommairement fontaine et lavoir et on constate que ça fonctionne.

Maintenant, on en finit avec cette histoire de limites exactes entre  Fouretier et Fagot pour ne pas se retrouver encore avec des procès agaçants, on achète le terrain en copropriété et on retrouve la fontaine lavoir de la Biotrie en passant devant le notaire.

 Il suffisait d’y penser !

La vie normale reprend : lavages, rassouillages, commérages... Et chaque année, le  jour de Mardi Gras, les habitants du grand Pouzac peuvent manger les tourtisseaux confectionnés à l’occasion de la « cérémonie » du nettoyage  de l’endroit. Certains croient se souvenir que cette activité collective était annoncée à l’avance grâce  à des roulements de tambour jusque dans les années 70. J'ai constaté que le grand entretien de ces établissements où l'eau coule avait trés souvent lieu le jour du Mardi Gras qui est un jour très particulier dans le calendrier chrétien (origines païennes reconnues et festivités débridées), mais c'est une autre histoire. 

Encore un petit détail : nous avons vu que le premier lavoir avait été comblé, mais qu’est donc devenue la première fontaine ?

Elle existe toujours. Elle est à sa place, derrière le mur nord du lavoir. Et si elle n’apparait pas sur le cadastre moderne, c’est parce qu’elle a perdu son statut de fontaine. Située maintenant en dessous du niveau du sol, son eau ne s’écoule pas à l’air libre.

Cette eau s’écoule de manière souterraine et facétieuse dans le lavoir nouveau !

P1000131

 

 

 

Aujourd’hui en 2011, ils ne sont pas très nombreux, ceux qui s’occupent de l’entretien de la copropriété et c’est bien dommage. Les assemblées générales ont cessé, le comité de gestion ne fonctionne plus. Les lave-linge et les nettoyeurs haute pression en ont eu raison. Pourtant la copropriété existe toujours, peut-être pas dans les esprits mais au moins dans les textes. Il serait bien que les ayant droit fassent quelque chose pour sauver ce lieu.

Il le mérite, comme j’ai essayé de vous le prouver.

Peut-être même, comme je le pense, que  ce petit patrimoine se situe bien au-delà d’une simple copropriété villageoise, qu'il est un témoin de l'histoire des hommes, qu'il en est devenu un bien commun. Dans cet esprit,les propriétaires actuels pourraient en faire don  à la commune de Saint Martin Lars, qui serait sans doute plus apte à en assurer l'entretien, la sauvegarde et la pérennité, pour la satisfaction de tous.

A suivre donc…

 


sources:

1   archives privées

Par Claude GILBERT
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 17:20

Jusqu’en 1874, les habitants du grand Pouzac ont à leur disposition, dans le pré de la Biotrie, une fontaine et un lavoir qu’ils utilisent et entretiennent sans problème depuis des « temps immémoriaux ». Le cadastre de 1828(1) nous montre cet endroit effectivement ouvert sur la voie publique, donc non soumis à l’impôt(voir ci-dessous).

lavoir 1828

On va y laver le linge, rincer les fûts et rassouiller les basses tout en bavardant et en médisant quelque peu des uns et des autres, on entretient l’ensemble, on le garde propre, on lui fait une grande toilette une fois par an (c’est alors, l’occasion pour les hommes de se retrouver autour d’un verre et d’entretenir la convivialité au village). En tout cas, on ne se pose pas de questions sur l’origine de la propriété. Donc, tout va bien.

 

Et subitement, un coup de tonnerre dans ce lieu à priori paisible : un certain Pierre Fouretier, métayer au Grand Moulin de La Chapelle Themer affirme qu’il est le propriétaire exclusif de la fontaine et du lavoir en question !

Et qu’il peut le prouver ! Et comme il est contesté, il va même jusqu’à combler le lavoir et interdire l’accès à l’ensemble.

Bé dame, en voilà une histoire ! Les gens du grand Pouzac en sont tout retournés, le conseil municipal de Saint Martin Lars est alerté et on prend la décision de porter l’affaire devant le juge de paix de Sainte Hermine.

Le 27 Août 1874, celui-ci rend son verdict : les habitants du Grand Pouzac ne doivent pas être dépossédés d’un droit immémorial.

Mais le propriétaire ne se laisse pas impressionner et fait appel auprès du tribunal civil de Fontenay le Comte. L’affaire rebondit et retombe très mal pour les habitants du grand Pouzac, puisque ce tribunal reconnait la validité de l’acte de propriété du sieur Fouretier, alors que la municipalité ne peut en  fournir aucun (29 janvier 1875)(2).

Reste la possibilité d’aller en  cour de cassation. Le conseil municipal prend cette option le 29 avril 1875.(3)

 On élabore même un drôle de contrat entre le maire (Jacques Deligné) et les habitants du grand Pouzac : le maire ira représenter en justice les dits habitants à condition que ceux-ci »qui sont les plus intéressés par les poursuites » en supportent tous les frais ! La participation de chacun sera basée sur le revenu cadastral.(4)

Il semble bien que ce projet soit resté lettre morte. Il était sans doute plus malin de se débrouiller autrement pour récupérer fontaine et lavoir sans avoir à dépenser des sous de manière hasardeuse.

Les mois passent, on élabore des stratagèmes dans le fonds des caves, au seuil des maisons ou au hasard des rencontres en revenant des champs.

Et le 26 février 1878, la solution est là, bien officielle.(5)

Par devant notaire, Maître Soullard de Sainte Hermine, 37 personnes représentant 37  feux du grand Pouzac "ayant été dépossédées du lavoir dont ils jouissaient depuis de longues années se sont réunis dans un intêret commun pour concourir à l'établissement d'un lavoir nouveau" dans le pré de la Biotrie!

« Chacun des comparants aura pour la maison qui lui appartient et qu’il occupe au Pouzac, soit pour lui-même soit pour le locataire ou fermier un droit de lavage et rassouillage au lavoir mais sans pouvoir y mener boire le bétail »

« Le droit au lavoir sera établi au profit et à l’avantage du fonds ou de l’habitation de chacun des comparants ; il ne pourra être cédé qu’avec l’immeuble  dont il fera partie et se transmettra avec l’immeuble même ».

Il y a sept pages de règlement qui ne laissent rien au hasard ! Pas question de retomber dans les dysfonctionnements ! Sont prévus le décès de l’ayant droit, l’installation de nouveaux feux, le non-paiement de la cotisation, la  création d’un comité de gestion, la souveraineté de l’assemblée générale etc.

Le président de ce premier comité de gestion est M Grelier du Fougeroux qui a, semble-t-il, beaucoup œuvré depuis le début de cette affaire. Le texte tient à préciser, pour éviter toute polémique que le sieur Grelier est un ayant droit, non pas pour sa maison du Fougeroux (située sur la commune de la Chapelle Themer) mais pour sa métairie du Pouzac, la métairie de Sainte Claire et la borderie de la Biotrie situées sur le grand Pouzac. Tout  doit être aussi clair que de l’eau de roche.

En revanche, si on ne regarde pas attentivement les plans (cadastre ancien et cadastre moderne) et si on ne relit pas sérieusement les écrits, on ne comprend pas que ce qui a pu se passer pour que les habitants retrouvent la jouissance du lavoir de la Biotrie.

 

La suite dans le prochain article.

 

sources:

(1)Archives de Vendée  Cadastre napoléonien  section d2 des pouzacs.

(2)Archives deVendée sous série 3 U.

(3)Archives de Vendée  Délibérations communales vue 61/82

(4) document privé

(5) document privé


Merci à Mme Daniaud pour m'avoir ouvert cette  piste, à M Canet pour m'avoir prêté des documents et à M Mathonneau pour m'avoir aidé à dissiper le mystère de l'emplacement (dont on parlera dans le prochain article).

 

Par Claude GILBERT
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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 16:50

 

Au hasard de mes pérégrinations, j’ai trouvé une carte postale de Saint Martin Lars en Sainte Hermine sur laquelle a été agrafée une photo. Cette photo montre deux véhicules dont l’un est en mauvaise posture.

Plusieurs questions se posent et auxquelles je ne sais pas répondre.

Pourquoi l’événement justifiait il une photo ?

Pourquoi a-t-on cru utile d’agrafer cette photo sur une carte postale de Saint Martin Lars ?

Je remercie d’avance celui ou celle qui peut me donner les réponses à ces questions ?

Il n’y  a aucune indication au dos de la carte postale ni au dos de la photo.

L’immatriculation du véhicule est : 6511-Y-6, elle correspond donc (d’après mes recherches) à la période 1914-1928.

 

La carte postale située en dessous  de celle qui nous intéresse, nous permet de voir ce qui est caché par la photo amateur.

 

carte postale mystère 001-copie-1

 

 

 

 

 

 

Par Claude GILBERT
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 18:00

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Une drôle d’histoire que cette histoire là.

Nous sommes le matin du 2 Juin 1836, l’adjoint au maire de Saint Martin Lars est appelé pour dresser procès verbal d’une tentative d’assassinat en plein champ !

 L’affaire semble assez importante pour qu’il se déplace avec le garde champêtre et le secrétaire de mairie et que le document soit consigné dans le registre des délibérations municipales. Que s’est-il donc passé ?

Un homme qui s’appelle Marie Bonnet est en train de travailler avec ses deux frères dans un champ situé prés de la  Bougrelière.

Vient à passer à proximité, un autre homme qui s’appelle Armand de Bejarry et qui chasse le loup, accompagné de ses chiens. Quand ces derniers semblent se diriger vers un champ de blé, ils sont immédiatement rappelés par leur maitre.

Marie Bonnet, se précipite sur Armand de Bejarry, maitrise le fusil de celui ci d’une main et le frappe de l’autre avec une pielle*, près de l’œil droit, le « bourre » plusieurs fois dans la figure et dans la poitrine. Marie Bonnet ne cesse de frapper que lorsque le domestique d’Armand de Bejarry crie « à l’assassin ! ».

Voilà l’essentiel de ce que dit le procès verbal établi pour »valoir ce que de raison ».(Pour voir le document, allez sur l'album "affaire Bonnet de Bejarry".)

Pour quelqu’un qui connaît un peu les lieux et l’histoire locale, ce fait divers est assez étonnant pour qu’on s’y attarde un peu.

Tout d’abord, qui sont les personnes concernées ?

Marie Bonnet est noté dans les actes officiels comme journalier, cultivateur ou bordier. Il a 36 ans. Il est né à la Croisellerie, »village » de saint Hilaire du Bois, commune qui jouxte celle de Saint Martin Lars. Son père est caillerot, c’est à dire marchand de fruits. Il est marié et père de trois enfants (le quatrième nait le 3 Juin 1836, le lendemain des faits ! C’est une fille qui est prénommée Victoire).

Il habite la Grande  Bougrelière (maison qui se situe à quelques centaines de mètres du lieu de l’agression) au moins depuis 1820, date à laquelle il y est recensé avec ses parents et ses frères. Il ne sait pas signer (donc pas écrire) comme nous le signale l’acte de naissance daté  du 4 juin.

Armand de Bejarry est également âgé de 36 ans. Il est né au « château » du Puitumé, logis situé à proximité immédiate du lieu de l’agression. Mais il n’y habite pas, car depuis un an, il est propriétaire du château de Châteauroux, situé sur la commune voisine de La Réorthe.Il est officier dans l’armée.Il sera maire de Saint Martin Lars de 1853 à 1870.

Son père est Armand de Bejarry, il a été maire de Saint Martin Lars de 1806 à 1813.

 Auguste et Amédée de Bejarry qui se sont illustrés dans l’ »armée catholique et royale » sont ses oncles.

 Son cousin, Amédée de Bejarry fait carrière comme sous préfet et  auditeur au conseil d’état.

Sa mère est Bénigme de Bernon. Ce patronyme est associé à la vie du territoire de Saint Martin Lars depuis de nombreuses années. Avant  1789, c’était celui des seigneurs du lieu.

Au logis du Puitumé, où habitent Armand de Bejarry (père) et sa femme, il y 9 domestiques en 1836.

Au château de Châteauroux, où vivent Armand (fils), sa femme et leurs quatre enfants, il y a également 9 domestiques cette année là.puitumé 1828

Revenons maintenant au procès verbal.

On constate très vite qu’il est écrit dans la précipitation. Le rédacteur (sans doute le secrétaire de mairie) est un peu dépassé par l’importance de l’événement et les formules toutes faites d’un procès verbal ordinaire ne lui suffisent pas. La marge est remplie de phrases complémentaires.

Les trois hommes se transportent « dans un pré » où il y a eu voie de fait, mais il n’y a plus personne dans ce pré.                          

 

 

 Faute d’avoir des « renseignements certains » sur l’événement, ils vont donc « chez le dit Bonnet » pour le « sommer au nom de la loi d’exhiber les outils » et ses vêtements, ils constatent qu’il y a »un peu de sang sur une manche de sa blouse ».Ce qui semble suffisant pour le reconnaître coupable puisqu’il n’est pas question d’aveu dans le texte.

En revanche, on lui rappelle la loi : « les voies de fait sont défendues » et là, le texte devient drôle puisque Bonnet répond que « monsieur de Bejarry ne commettait point d’agat*)». On sent bien que le rédacteur veut rester objectif et rapporter les faits de manière claire et dans l’ordre, mais il a bien  du mal.

Au delà de la confusion rédactionnelle, on perçoit une différence dans la perception des personnes en cause : Marie Bonnet est « le sieur Bonnet » et « le dit Bonnet » comme dans tout procès verbal, mais les de Bejarry restent « Monsieur de Bejarry père », « Monsieur de Bejarry fils » ou « Monsieur son père ».La déférence au « monsieur » reste de mise.

Mais alors, pourquoi « le dit Bonnet » a t il agressé aussi sauvagement « Monsieur de Bejarry », pourquoi s’est il « permis de voie de fait et d’assassinat «  sur lui ? Le procès verbal ne le dit pas.

Reprenons le film de l’événement.

 Un paysan de 36 ans travaille dans un champ, en compagnie de ses frères ; il plante sans doute des choux puisqu’il utilise une pielle.

.Un homme bien connu de tous, armé d’un fusil, passe à proximité. On remarque à ce moment  que le film est muet : « bonjour not’ maître »,  « bonjour mon brave », des rires moqueurs, une parole blessante? On ne sait pas car rien n’est enregistré.

En revanche, on voit bien les chiens de chasse qui reniflent le sol avec délectation en  s’engageant dans la direction d’un champ de blé seigle. On voit également l’œil du maître soucieux de ne pas endommager la récolte, de ne point faire d’agat. Les chiens sont rappelés à l’ordre.

Et puis, sans raison apparente donc, le paysan, sa pielle en main, se dirige vers le chasseur et son fusil chargé.Celui ci semble tétanisé puisqu’il se laisse saisir son arme et se fait frapper sans avoir le reflexe de l’homme de combat qu’il est censé être.

Le témoignage du paysan selon lequel il aurait été lui même frappé et égratigné n’a pas été retenu car il n’y aucune trace. D’ailleurs, l’authenticité du témoignage ne ferait que confirmer la mollesse de la réaction.

Selon les dires de la victime, l’agresseur ne se serait pas arrêté sans les appels au secours d’un domestique. Ce sont les seules paroles du film.

Chez Marie Bonnet, le paysan, on devine de la haine, tout au moins une colère incontrôlée envers Armand de Bejarry, le monsieur; il est évident que ces images ne sont absolument pas « raccord » avec la mythologie vendéenne selon laquelle les  paysans et leurs maîtres vont main dans la main en ce début du XIXème siècle et même bien avant.

Est-ce la haine du pauvre envers le nanti, du travailleur envers le rentier ou autre chose ?

Entre ces deux hommes, n’y aurait il pas un contentieux terrible que Marie Bonnet aurait décidé de régler à la première occasion ? Ils ont été voisins et peut-être depuis très longtemps, car on ne connaît  pas la date à laquelle les parents  de Marie Bonnet ont quitté la Croisellerie pour venir s’installer à la Bougrelière.

Et dans le procès verbal, « le son » n’a t il pas été oublié intentionnellement ? Par déférence ou par négligence. Ce n’est pas l’accusé qui va le vérifier, il ne sait pas lire.

Deux jours après, en bon père de famille, Marie Bonnet va déclarer la naissance de sa fille Victoire à la mairie de Saint Martin Lars.Contre toute attente, il n’a  pas été arrêté.

Il mourra à La Leue, commune de la Reorthe en 1864 où il est venu s’installer vers 1846.

La Leue n’est pas très loin du château de Châteauroux !

PICT0026

 

         Le logis du Puitumé en 2005...

         et photo plus haut: plan cadastral  du Puitumé et des lieux de l'événement  (1828)

 

 

 

*pielle : sorte de petite houe avec un manche court qui sert surtout de plantoir à choux (photo ci dessous)pielle

*agat : dégât dans le champ du voisin. Cf. article Incivilités rurales

 

 

Sources : Archives départementales de la Vendée

Archives numérisées : Délibérations municipales de Saint Martin Lars mai 1829 sept 1867                                    

                                    Vues 37 et 38

                                    Etat civil de Saint Martin Lars, de La Reorthe, de Saint Hilaire du Bois.

                                    Recensement de population de Saint Martin Lars, de La Reorthe

 Beauchet Filleau : Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou

Guy de Raignac : De châteaux en logis   

 

photos de l'auteur                                

 

 

 


Par Claude GILBERT
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